Du bruit à l’ISELP

Le jeudi 28 janvier se tenait la première séance d’un cycle de conversations sur la noise à l’Iselp, coordonné et mené par Sébastien Biset (historien de l’art et musicien, FNRS-UCL, MNÓAD, (SIC)). En collaboration avec Jean De Lacoste (artiste, musicien) et la Médiathèque (Anne Genette).

Fondé en 1970 par Gita Brys-Schatan, l’Iselp est un lieu de formation, de réflexion et de débat ainsi qu’un outil de diffusion et de promotion, dans différents espaces, d’œuvres et d’installations d’artistes plasticiens. L’Institut a une double vocation: développer une réflexion critique sur l’art contemporain et sensibiliser le public aux divers modes d’expression artistique. Diverses initiatives répondent aux missions de l’institut: cycles de cours et séminaires, conférences, colloques, voyages culturels et visites guidées, expositions et éditions, art environnemental, centres de documentation. Aborder le son signifie pour l’Iselp pratiquer une ouverture, un élargissement. La Médiathèque de la Communauté française de Belgique collabore à ce cycle non seulement en mettant des médias à disposition mais aussi en faisant intervenir Anne Genette qui travaille au service des collections (musique classique).

Un lien est aussi fait avec un travail actuellement en chantier à la Médiathèque qui notamment aborde le bruit. Une publication  ne tardera pas à paraître.

Noise ou bruit en français. Pourquoi y réfléchir. Y at’il lieu de distinguer musique et bruit alors que celui-ci est trop souvent perçu comme étant une pollution, comme étant blessant et inconfortable.  Sebastien Bisset aura au cours de la conférence mentionné à diverses reprises le livre ‘Bruits’ de Jacques Attali paru initiallement en 1977 mais qui a connu différentes mises à jour  la dernière s’aventurant jusqu’à l’ère numérique. 

Chercher noise: troubler une situation, quereller, se bagarrer…. Noise = nausea.

Dans le champs socio-politique le noise constitue une ‘nouvelle’ pratique musicale.

Selon Anne Genette le son est un phénomène observable avec différents sens dont l’ouie bien sur mais aussi le toucher qui entretiennent des rapports très étroits.  Elle se promène dans la salle avec un diapason produisant des vibrations par sympathie.  Elle nous fait entendre des enregistrements de sons d’abord isolés et ensuite plus complexes et juxtaposés dans un environnement urbain.  La musique qui finalement est l’art d’agencer des sons dans la durée. Dès lors pouvons nous produire de la musique avec du bruit? OUI.

Le concept du bruit est élastique et a une histoire liée en fonction d’une époque, d’une géographie. Sa distinction demeure arbitraire.

Au Moyen-Age le son est une vertu. Celui-ci est principalement produit à l’occasion de cérémonies ou est source de divertissement ou encore pouvant marquer le cycle des saisons. Les cloches rythmaient la vie, les crieurs annonçaient des mariages, des communions, des baptèmes. En quelque sorte le tout début de la publicité ou au moins d’une information d’intérêt général.  Plus tard le silence est revendiqué. Une police des bruits patrouillera la cité. Le calme est requis dans les églises, les monastères, les dortoirs.. Au XVI ième siècle les églises poursuivent le controle du paysage sonore entrainant une surveillance sociale. Le silence est revendiqué et est assimilé à une vertu. Les siècles s’écoulent jusqu’à la période industrielle qui verra naître la vapeur motrice, les manufactures mécaniques , l’électricité.   Les chemins de fer, la circulation, les industries engendrent un bruit de fond permanent.   L’écoute détaillée se délite. Thomas Edison invente le phonographe qui jouant des supports permettra de conserver les sons. Au départ il s’agissait plus de les préserver que de les restituer. 

De nos jours le visuel prime sur l’audition.  La population atteint un plus grand degré d’éducation et décrypte pictogrammes,  la signalétique, des textes. Les pouvoirs publics régissent un silence devenu synonyme de bien être. Moins de stress sur les corps, moins de pression sur les esprits. L’éco-système est préservé et les plaintes diminuent.

Suit l’audition d’un extrait d’une oeuvre d’Erik Satie « Parade ». Fond musical sur des sons suggestifs (machine à écrire, sirène, le mors).

1917. Révolution russe d’octobre. Arseny Avraamov crée « La symphonie des sirènes » incluant des choeurs, des sirènes, des cornes de brume, des canons, des locomotives. La population entière est impliquée et porte l’Internationale. La compilation Baku est abordée. Ce  coffret  de  deux  disques compacts accompagnés d’un superbe livret  richement   documenté   et   illustré,  apparaît  comme  « le »  document   incontournable  pour  qui s’intéresse aux avant-gardes russes de 1908 à  1942.  On  y  découvre la diversité de ces avant-gardes : Futuristes de  toutes   tendances,   Constructivistes,   Nihilistes  et  Généralistes,  adorateurs de la machine, poètes lettristes et plus encore. Le contexte  de   chaque   enregistrement,  les  notices  biographiques,  les  notes  concernant  la création de la Symphonie des sirènes, une bibliographie,  des photos rares, des liens Internet s’ajoutent à un tableau comparatif   des avant-gardes européennes et russes. 

Certaines oeuvres de Varèse et de Antheil intègrent un univers bruyant dans leur écriture.  Alexandre Losolov incarne un temps l’avant-garde musicale soviétique et s’est rendu célèbre dès 1927 par son œuvre pour orchestre symphonique Fonderie d’acierArthur Honegger et Darius Milhaud imitent et reproduisent le son des machines.

L’avant garde fut d’abord un concept militaire qui progressivement a connu un glissement vers le territoire artistique.  En découlent des mouvements tels que Dada, Fluxus,  Surréalisme, Futurisme…..Innovation et recherches sont omniprésentes. Le mode est à la recherche, à l’innovation à la rupture des conventions parfois/souvent au rejet de la raison/logique.   Des manifestes se révèlent en littérature. Russolo  participe aux expositions futuristes en traitant de thématiques liées à la ville, à la vie nocturne, à la vitesse.  Ecriture (L’art des Bruits) , arts plastiques, musique (Musica Futurista)  se mèlent.  Le but consistait à présenter une réalité musicale sortant l’auditeur de l’ennui, de l’académisme.  Quelques détails portant sur les machines sonores sont donnés. 

Marcel Duchamps.  « Errata musical ». Des notes sont tirées au hasard. On s’achemine vers une forme d’indétermination.  Il défend le fait que le public fasse l’oeuvre.

Kurt Schwitters crée un mouvement à lui tout seul. Ursonate:lLa matière sonore est traitée comme un collage, c’est-à-dire une composition d’éléments disparates accédant à un certain statut de composition et de rythme. La fée électrique poursuit son cheminement. Apparaissent les thérémins, les ondes Marthenot.

 Les supports sonores engendrent de nouvelles habitudes d’écoute liées à la fixation. Le musicien s’auto-critique ou imite. Le public peut écouter de la musique hors les salles. L’amplification permet de choisir le volume. L’acousmatique permet la spatialisation.  Le synthétiseur module et génère des sons.  Durant les seventies apparait des musiques ambient ou encore ‘Musak’ qui est une forme de musique aseptisée, mise aux normes (les passages de niveau sonore très forts ou très faibles en sont nivelés), parfois diffusée dans les galeries commerciales, les supermarchés, les stations de métro, les ascenseurs ou encore sur les lignes d’attente des standards téléphoniques). Une des dernières oeuvres écoutée sera ‘Rainforest’ de David Tudor.  Cette pièce est une commande du choréraphe Merce Cunningham. Une série de sculptures, à tendance ready-made, suspendues reliées les unes aux autres par des micro-contacts, amplifiées et servant elles-même de caisse de résonance. Selon les réglages et la position de l’auditeur, la puissance et l’amplification diffèrent, chacun traçant son propre parcours acoustique.

Suivirent trois courtes prestations:

OCELLE MARE:  S’accompagne de petites percussions, clochettes, et harmonica. Il joue du banjo préparé le tout rythmé par des battements de pieds et du mouvement d’un métronome. Volume faible.

SIMON QUEHEILLARD:  Sa prestation consiste à mettre grandement sa préparation en scène. Il est ultra nerveux et ne cesse de s’agiter, il pivote sur sa chaise. Les morceaux sont joués sur une guitare folk cordes métal, à l’aide d’un petit moteur électrique du type de ceux que l’on trouve dans tous les appareils ménagers. Vibrations et résonance parfument la musique.

ARNAUD RIVIERE:  Seul face à sa table de mixage son concert est en tout point semblable au soundcheck.  Le son est hyper amplifié. Interférences, craquements, stridence surgissent. Il se débrouille avec le hasard et accidents.  Parasite et feedback sont sa matière première.

 
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