STAFF BENDA BILILI

Mon intérêt pour le groupe congolais Staff Benda Bilili aura connu quatre ou cinq phases.

La première est liée à la lecture d’un texte paru dans un  numéro de la Sélec en 2009, la deuxième à l’écoute du cd, la troisième à l’occasion d’une prestation donnée au festival Couleurs Café en 2010  et la quatrième suite à la vision du film Benda Bilili au cinéma Vendôme (au cœur du Matonge bruxellois) le jour de la fête de la Communauté française. Tout un symbole. Aucune personne de la communauté congolaise n’était présente dans la salle.  C’est malgré tout du film dont je vous parlerai plus précisément.

Le groupe the Ex m’avait déjà vanté l’intérêt et le mérite du groupe Konono N°1 il y a de longues années.  

Le groupe existe depuis la fin des années 60. Fondé par Mingiedi Mawangu, virtuose du likembé (cet instrument parfois dénommé « piano à pouces », composé de lamelles métalliques fixées à une caisse de résonance), le groupe se compose de trois likembés électriques (médium, aigu, basse) équipés de micros fabriqués à partir de vieux alternateurs de voiture, une section rythmique mêlant percussions traditionnelles et bricolées (couvercles de casseroles, pièces de voitures), trois chanteurs, trois danseurs et une sono munie de « porte-voix »(mégaphones) datant de l’époque coloniale.

Assurément les musiques urbaines congolaises sont vivaces et ne peuvent être ignorées. Nombreuses œuvres cohérentes, libres et radicales. Aucune virtuosité contre productive. Confrontation de la part civilisée de l’humain à sa part de sauvagerie. Affranchissement de contraintes muséales. Bric-à brac vivifiant.

Staff Benda Bilili, (une bande d’obstinés magnifiques) nous permet d’aborder une musique à première vue inédite (pour les oreilles d’occidentaux peu avertis) car peu connue chez nous en évitant toute perspective folklorisante, touristique, condescendante.

Les limites du convenu sont repoussées. Une curiosité permet de déchiffrer la complexité énergique et délicate de leur style. Ils osent la nouveauté sans se complaire d’artifices, sans maniérisme. Bien que souffrant d’un double handicap (une misère profonde couplée à une grande fragilité physique) ces héros infortunés  dégagent une énergie créative et engagée mue par la volonté de se faire entendre dans le cadre d’une forme de discipline. Sans aucun soucis de susciter la moindre empathie le groupe tel une caravane urbaine donne libre cours à une musique produite par des instruments fabriqués avec du matériel récupéré. Rien ne se perd tout se crée. La pauvreté fatale pour les uns peut être partiellement éradiquée à condition de se laisser guider par des idéaux économiques (exportation du groupe et de son image à l’étranger) et une liberté artistique incluant les concernant des éléments de rumba congolaise, de  funk, de reggae… Ils se débattent positivement avec les aléas de la vie. Ils vivent à la fois avec l’illusion  et la certitude de réussir.

Aucun hasard si les albums de Konono N°1 et Staff Benda Bilili ont paru chez Crammed Disc qui compte en plus dans son catalogue Mahmoud Ahmed, Kasaï All Stars, Taraf De Haîdouks etc…

Le label expose en toute modestie des artistes qui font ou feront l’histoire locale et mondiale.

L’album Très Très Fort a été vendu à plus de 50,000 exemplaires rendant dignité à tout un peuple issu de la rue.

Par hasard Florent de la Tullaye et Renaud Barret (les deux réalisateurs  du film Benda Bilili!) rencontrent le Staff Benda Bilili qui existe depuis plus d’un an. Ils sont fascinés par ces musiciens errants qui ne devaient leur survie qu’à un mot d’ordre prononcé par Mobotu: « Citoyens, débrouillez-vous ». Epave sauvée de sa décrépitude finale.

Pour s’immerger dans la culture, les deux cinéaste apprennent le linguala et filme le groupe avec une caméra légère. Alors que les musiciens tentent de survivre,  les réalisateurs rentrent en Europe pour récolter des fonds afin de poursuivre le film. Ils reviennent une année plus tard cherchant dans la ville les musiciens dispersés.

Revenus avec le soutien d’une maison de disques (Crammed), ils poussent le groupe a enregistrer en plein air et aussi dans un studio de fortune. Pour les musiciens, c’est une chance à ne pas rater, et, malgré les difficultés de leurs vies (nourrir leur famille, dormir sur des cartons…), ils se lancent dans l’aventure. Rapidement une chance due essentiellement à leur courage et talent,  à un non renoncement aux rêves,  leur sourit. Nul besoin d’intégrer la donne économique pour juger de leur talent.  Ce film documentaire est une forme de Buena Vista Social Club à la sauce congolaise avec bien moins de moyens que ceux dont bénéficiaient Wim Wenders et Ry Cooder.

Ayant brisé tous les clichés liés au handicap, le groupe bénéficie  d’une consécration et foule de grandes scènes mondiales. Une véritable ‘success story’ consacrant des êtres de grande humanité ayant réussi à déjouer les pièges de la rue. Les amateurs de décombres, de l’uniformisation de la pensée en seront pour leurs frais.

Les voix off sont heureusement très rares dans ce film.

Quelques scènes marquantes: une tentative de racket dans les rues de Kinshasa, l’arrivée des musiciens qui découvrent météo glaciale et mode de vie européen, l’arrivée d’un jeune nouveau venu qui dans introduit le satongué (fabriqué à partir d’un bout de bois et d’une boîte de lait), un incendie qui force les musiciens et leur famille à affronter la rue et ses dangers…

Le film n’est malheureusement visible que sur quatre écrans en Belgique.

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