Le Performentiel noise

L’année passée s’est tenu un cycle de conférences / conversations à l’Iselp en collaboration avec la Médiathèque de la Communauté française de Belgique représentée par Anne Genette. Cela fut coordonné et mené par Sébastien Biset (historien de l’art et musicien, FNRS-UCL, MNÓAD, Sic). En collaboration avec Jean De Lacoste (artiste, musicien).

Au terme de ce cycle qui se termina à la fin du premier semestre, la parution de textes avait été évoquée sous l’égide de l’asbl Sic qui est est une plate-forme éditoriale et curatoriale fondée en 2005 et basée à Bruxelles.  Outre sa revue éponyme, elle publie des livres d’histoire et de théorie de l’art moderne et contemporain. Elle se consacre aussi, chaque année, à un programme d’expositions d’artistes belges et internationaux.

Chose promise et due paraît en automne 2010 ‘Le Performantial noise’ impliquant quelques contributeurs et une contributrice : Sebastien Biset, Yves Citton, Pierre Albert Castanet, Matthieu Saladin, Anne Genette, Guy-Marc Hinant et C-drik Fermont.  Accompagne cette parution, un CD incluant Zbigniew Karkowski, Dickson Dee, Alan Courtis, Tomas Korber, Gert-Jan Prins, Arnaud Rivière, Antoine Boute, Portable Noise Kremator, Jean DL, Sudden Infant, Antoine Chessex, Soumonces !

Passé une difficulté liée à un graphisme rendant la lecture malaisée, je plonge dans les écrits….

Sébastien Biset : Le bruit offre depuis sont intégration par des compositeurs au début du siècle dernier d’infinies possibilités et ouvre de nouveaux territoires. L’agression sonore met les codes à mal. S’opère une réflexion sur la  nature des sons, des bruits. Souvent qualifiée en termes de pollution, de violence ou d’agression, la noise est analysée sous l’angle historique, politique, sociologique et philosophique.  Terme ambivalent car la noise peut être, selon le contexte et l’environnement social et académique dont elle est issue, légitimée ou subversive. Elle relève soit du monde savant (Ircam) soit de la ‘rue ‘ (indus, avant-rock, pop lo-fi…). La noise devient dans ce cas expression immédiate et spontanée. Une expression qui se nourrit de la chair du monde sans académie ou conservatoire.  Toutes les facettes des objets sont exploitées.  De nouveaux gestes, de nouveaux rapports, de nouvelles pratiques s’installent entre le performant et l’instrument qu’il s’agisse d’un simple objet ou autre (lutherie informatique, bandes, échantillonneur, laptop).  Le bruit procure-t-il du plaisir ? Est-il ersatz de contre-culture ?

Ives Citton (spécialiste de l’imaginaire politique de la modernité occidentale) :  Existe-t-il des plaisirs autres que subversifs ?  Sommes-nous condamnés à répéter des gestes esthétiques académiques ? De nouvelles pratiques relancent l’idée d’insurrection à condition que la noise ne soit pas récupérée, assimilée à un genre musical commun. L’intérêt des propos de l’auteur est relevé lorsqu’il avance le néologisme ‘bruicante’. Chercher dans l’expérience musicale une ‘brocanterie’ du bruit.   Un bricolage sonore baignant dans une profonde rugosité séduit l’auteur. Fragilité, urgence, crasses deviennent essentielles.  Le bruicanteur exhibe sa faiblesse plutôt que de mobiliser les ressources d’un studio aseptisé. Il donne fermeté à la fragilité d’un bruit.

Pierre Albert Castagnet (compositeur et musicologue).  Le rapport à une technique est à la portée de tous (parasites domestiques, percussions électroniques, larsen).  Les bruiteurs vont le plus souvent à l’encontre de l’art par une technique non académique. Peut-on parler de bruitologie comme de musicologie ? Les productions bruitistes sont principalement réalisées par et pour le peuple.  Des musiques et leur gestuelle apportent des éléments corporatifs ou plus positivement identitaires.  Sons saturés et débités sont souvent  proscrits. L’auteur évoque les raves, ces free parties illégales et spontanées rassemblant une jeunesse hors des cadres  autorisés et normalisés.  Les intérêts capitalistes sont rejetés même s’il  se trouve que des cadences binaires peuvent être d’obédience militaire.

Matthieu Saladin (docteur en esthétique et chercheur). L’article de Matthieu Saladin fait principalement référence à une expérience qui s’est déroulée aux USA en février 1970. À cette occasion, le MEV (Musica Elettronica Viva), groupe d’improvisation acoustique et électronique formé à Rome en 1966, ouvre le champ au public et à des non musiciens. Cette attitude était une conséquence logique de recherches expérimentales visant aussi à dénoncer hiérarchie et autorité. On fait porter au non musicien non qualifié ou académisé le fait de produire du bruit. Un bruit qui n’a rien ou peu à voir avec le volume sonore mais plutôt lié à la gestuelle, à une pratique non reconnue par des experts ou professionnels seuls habilités à entériner, à légiférer. Des places, rôles et fonctions institués par une police n’acceptant pas une démocratie favorisée par le bruit. Agir autrement, c’est être subversif. Moralité : la noise est une musique d’amateurs (sic).

Anne Genette (musicienne, interprète et employée à la Médiathèque) aborde des notions liées à la perception physique des sons. Elle nous parle aussi de notre environnement, qu’il soit naturel ou urbain, où sont présents des sons, des bruits. Scientifiquement il est possible de parler du son en termes de décibels, de hertz. La subjectivité de l’individu intervient quelles que soient les hauteurs du volume ou des fréquences.  L’oreille est un organe complexe. Elle permet au cerveau de se construire des représentations mentales de l’environnement, de l’espace.

Guy-Marc Hinant (auteur, éditeur de Sub Rosa et cinéaste) : À l’occasion d’un voyage en Chine qui lui a permis de réaliser le film Fuck You en compagnie de Dominique Lohlé, il étudie les effets de la mondialisation en matière de musique électronique et de noise. Il conclut que même si des différences émergent, une tendance à se ressembler existe dans le domaine de la noise. L’origine provient de l’usage d’un matériau sonore très proche.

C-Drik Fermont (troubadour musicien et éditeur). Tout comme Guy-Marc Hinant, il s’interroge sur la singularité (ou manque de) des musiques noise produites loin des frontières de l’Occident. Les musiques traitant les bruits ont une histoire. Le futurisme (Russolo) au début du XXe siècle, le dadaîsme (Marcel Duchamp) pour évoluer plus tard vers la musique concrète (Pierre Schaeffer). Le bruit se répand, sort ou s’éloigne de l’académisme.  Le monde s’urbanise, les outils (instruments) s’implantent partout favorisant la mondialisation et l’homogénéité. Cependant des caractères particuliers et locaux subsistent en connexion avec des structures musicales traditionnelles ou un quotidien. Pourquoi aussi taxer de plagiat ces artistes issus d’un monde plus éloigné alors que nombre d’artistes occidentaux se mordent la queue depuis plusieurs décennies en se répétant sans cesse ?

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